Résumé thèses
Le débat sur la migration des professionnels de santé issus des pays pauvres, et particulièrement
des pays africains, date principalement des années 90. La mise sur agenda international du
problème est liée d’une part aux inquiétudes vis-à-vis de la détérioration globale des conditions de
santé en Afrique et à la péjoration du ratio personnel qualifié/population et d’autre part aux effets
des politiques volontaristes d’appel aux spécialistes des pays en développement de la part de
plusieurs pays du nord. Les experts soulignent le contraste entre le recrutement croissant de
personnels de santé qualifiés (infirmières, médecins) par les pays riches et le déficit de personnels
de santé dans les pays du sud et principalement en Afrique subsaharienne. Le discours dominant
s’écrit sous le mode de la dramatisation.
L’ampleur de l’exode du personnel de santé et ses conséquences pour l’Afrique suscitent un
nouvel intérêt pour la recherche sur le « brain drain » dans le secteur de la santé. Un grand nombre
d’analyse cherche à mieux comprendre les rapports entre le « push » (les motifs qui poussent les
professionnels de santé à vouloir partir) et le « pull » (la demande des pays développés).
Notre travail de recherche, suscité par les interrogations internationales vise également à mesurer
et à comprendre les facteurs de la migration des médecins africains. Toutefois, il se distingue de la
littérature dominante en accordant une place particulière aux arrangements institutionnels des pays
d’accueil et à la manière dont ils régulent l’accueil des médecins africains.
Après avoir analysé d’un point de vue statistique les flux migratoires des médecins et avoir
approfondi par des entretiens les raisons qui poussent au départ, notre thèse vise à mettre en
évidence l’importance considérable de l’héritage et des arrangements institutionnels dans la place
accordée aux médecins africains dans la profession médicale des pays d’accueil. Pour approfondir
le second aspect, notre thèse a opté pour la comparaison de trois cas de figures nationaux offrant
des contrastes importants: le Royaume-Uni, la France et la Suisse. Les trois pays diffèrent de
manière flagrante par la place qu’occupent les médecins étrangers dans le secteur de la santé et
plus spécifiquement des médecins d’origine africaine. L’analyse des conditions de recrutement et
de la place qui est accordé aux médecins africains dans les pays européens révèle que les
migrations des professionnels de santé et l’insertion professionnelle des médecins africains sont
avant tout déterminées par les arrangements institutionnels instaurés par les différents pays au
cours de leur histoire.
Chacun des trois pays a construit de manière spécifique sa relation avec les médecins formés à
l’étranger et avec les médecins africains. Les trois pays choisis illustrent trois modèles d’emploi
des médecins africains : un modèle libéral de recrutement (UK), un modèle corporatiste (France)
et un modèle « conservateur » (Suisse). L’européanisation exerce des effets différents dans les
trois systèmes. Le recrutement européen devient la règle privilégiée du recrutement qui renforce
les tendances à l’ « exclusion » en France et en Suisse et conforte un retournement de politiques
publiques amorcé depuis plusieurs années au Royaume-Uni.
L’analyse des trajectoires globales et des spécificités nationales d’emploi révèle également le
caractère fortement réducteur du discours global sur les migrations internationales des médecins et
les possibles contradictions entre une éthique dite du développement (« hostile aux migrations des
médecins en provenance des pays pauvres ») et une éthique du droit de la personne (« le droit
universel de migrer »).